• [DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie (1/5)

    [DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie
    Martial avait été réveillé bien avant l'aube par les aboiements intempestifs de Gambetta. Il s'était empressé de se lever pour le faire taire avant que sa jeune épouse ne soit à son tour réveillée.

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    Renonçant à se recoucher, il avait prestement enfilé ses vêtements et en avait profité pour s'occuper de son jardin tandis que les premiers rayons de ce soleil printanier baignaient le ciel matinal d'une lueur crue.

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    «Veille bien sur ta maîtresse en mon absence!», avait-il ensuite enjoint Gambetta avant de partir sur sa parcelle de châtaigniers pour y couper du bois.

    Quelque soit la saison, Martial était toujours occupé à travailler, même durant les périodes les moins chargées. Il y avait toujours quelque chose à faire dans une ferme. L'hiver était réservé à la réparation des outils. Quand le printemps revenait et si le temps le permettait, il travaillait dans les prés à curer les rases d'irrigation, élaguer les haies, détruire les taupinières. Bientôt arriverait la tonte des moutons. Et puis l'éreintante période des moissons. Et alors, l'hiver serait bientôt aux portes et tout recommencerait.

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    Gambetta s'était assis au pied du lit où dormait sa maîtresse, attendant sagement un réveil qui ne venait pas, avant d'affaler sa grosse tête entre ses pattes.

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    Quelques heures plus tard, Gribouille, après avoir chassé de la cuisine cette coquine de Coquette qui s'obstinait à se faufiler dans la maison, s'était mise à la pourchasser à travers le jardin pour lui passer l'envie de recommencer, avant de perdre sa trace. Où pouvait bien se cacher cette trublionne à plumes aussi rebelle qu'indésirable ? La maison était le territoire réservé à elle et Gambetta, les favoris du maître. Dommage qu'elle ne puisse pas en déloger de la même manière l'humaine qui avait pris sa place dans le lit du maître, la reléguant au pied de l'âtre...

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    Le soleil était déjà haut dans le ciel quand Léonie émergea d'un lourd sommeil sans rêve. La maison était silencieuse, à part la rumeur des bêtes dans l'étable qui avait bercé toute sa nuit. L'odeur de purin avait disparu et Léonie, surprise, se rendit compte que son mari avait nettoyé l'étable sans que ce bruit la réveillât. Devait-elle être recrue de fatigue, de chagrin et d'émotions pour s'être endormie si profondément et sans crier gare ? Elle chassa autant qu'elle le put les images de sa nuit de noces. Cela avait été aussi désagréable et dégoûtant que ce que sa mère lui avait dit.

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    Elle engloutit le petit-déjeuner que Martial lui avait laissé au chaud, enfila un corsage propre et chercha à s'occuper les mains pour mieux endormir son esprit. Mais Martial avait déjà effectué la plupart des tâches dévolues normalement à sa femme : le jardin, la basse-cour, les ruches. Aucun linge à laver mais une pile propre et soigneusement rangée dans le coffre. Lambert lavait-il donc lui-même son linge ? Frustrée d'avancer en terrain inconnu, Léonie remit ces questions à plus tard.

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    Elle eut vite fini la vaisselle du matin mais le désœuvrement ramena ses pensées moroses. Elle avait, un moment, follement espéré que son mari ne soit impuissant, ce qui aurait constitué un motif suffisant pour demander l'annulation du mariage. Mais Lambert avait bel et bien fait d'elle sa femme la nuit dernière, même si l'acte en lui-même n'avait, Dieu merci, duré que le temps de réciter un Ave Maria et un Pater Noster !

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    Le pire, c'est qu'elle n'arrivait pas à le haïr. Il s'était montré si doux, si tendre, si attentionné. Quand elle avait entendu la porte s'ouvrir et les pas de Lambert se rapprocher, elle avait été momentanément envahie par un sentiment de panique. Elle avait ensuite senti le matelas s'enfoncer sous le poids de son genou et le temps s'était un instant suspendu, comme s'il prenait le temps de la contempler. Mais elle serrait toujours très fort les paupières pour ne pas avoir à le regarder. Elle avait sursauté quand sa grande main caleuse, celle qui maniait la houe et la faux, lui avait caressé tendrement la joue, avant de l'embrasser à cet endroit puis de descendre lentement vers son cou. Léonie n'avait pas osé bouger, s'efforçant d'obéir aux recommandations de sa mère. Mais elle s'était senti troublée par la proximité de ce grand corps d'homme qui sentait bon le savon et dont elle avait effleuré par mégarde le ventre musculeux, avant de brusquement rejeter sa main au loin, honteuse que son mari se méprît sur son geste involontaire. Faisant appel à toute sa volonté, elle s'était évertuée à rester de marbre sous ses caresses mais quand elle avait senti une main tenter de remonter le long de sa jambe, elle n'avait pu s'empêcher de réagir.

    «Oh mais non, mais non, mais non ! S'était-elle écriée, choquée. Que faites-vous donc?»

    Martial s'était redressé, embarrassé.

    «Je... Vou-vou-vou voulez-vous que je-je-je vous laisse dormir?»

    Léonie aurait dû saisir la chance qu'il lui donnait de repousser le moment fatidique, mais puisque de toute manière il lui faudrait finir toujours par là, pourquoi plus tard ? C'était la deuxième fois qu'elle le regardait vraiment depuis leur mariage, et pour la deuxième fois, elle avait été touchée par la beauté de ses traits et la gentillesse de son regard. Il alliait une mâchoire virile à des yeux bleu-vert à l'expression insupportablement vulnérable, et elle n'avait pu résister à l'émotion qui l'avait un instant étreinte. Elle avait incliné la tête dans un geste de consentement. Et ensuite, longtemps après qu'il se fut endormi, elle cherchait toujours le sommeil. Toute cette situation nouvelle et si intime - le poids de son bras sur sa taille, la chaleur de son corps si proche - l'avait maintenu éveillée jusqu'à l'aube...

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    Quand Léonie passa à l'arrière de la maison, Gambetta se jeta sur elle pour lui faire la fête, la tirant de ses pensées confuses. Après lui avoir grattouillé les oreilles, elle décida de se changer les idées en partant avec lui pour une longue promenade à travers la campagne. Elle trouvait toujours du réconfort dans le spectacle de la nature, et cette fois ne fit pas défaut aux autres. Car, même si elle redoutait de se retrouver face à M. Lambert, elle se dit qu'elle arriverait à s' accommoder de ses futures nuits avec son époux si cela durait aussi peu longtemps que la première fois...

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 12 Octobre à 10:54

    Comme toujours les détails sont très intéressants et la vie à la ferme est en effet tout sauf une sinécure !

    Quand à la nuit de noce, je pensais que Martial ne l'aurait pas "consommé". Mais bon, il est vrai que Léonie n'a pas dit non, non plus. Et puis, Martial est un être de chair et de sang aussi. Tenir celle qu'il aime depuis longtemps entre ses bras a du être une vraie joie pour lui.

    Le problème est que Léonie a une vision assez succincte de l'acte charnel. Il n'y a pas que la pénétration quand on fait l'amour. Mais cela évidemment, comment pourrait-elle le savoir, elle une jeune fille de bonne famille à qui on apprend pas ce genre de choses, ou seulement à "subir" les assauts de l'homme et attendre que cela passe. J'espère que cela s'arrangera à l'avenir sur ce terrain-là. Et je me demande si elle est déjà enceinte wink2.

    Et sinon, Martial a été très attentionné envers son épouse, en lui laissant peu de choses à faire dans la maison. Le temps de s'habituer à sa nouvelle condition peut-être ?

    C'est toujours un tel régal à lire ton Décade. Et je trouve tes maj vraiment trop courtes !!!

    Vivement la suite ♥♥♥

      • Vendredi 12 Octobre à 12:32

        Merci beaucoup Agathe ! ♥

        Comme toujours, tu tombes juste sur la personnalité de Martial et Léonie, et la raison de leur comportement. Car oui, Léonie est complètement bridée par son éducation et reste focalisée sur l'acte charnel qui ne trouve sa justification (à ses yeux et ceux de la majorité de ses contemporains) que dans la reproduction. Elle est même choquée que Martial ait tenté d'éveiller ses sens avant de consommer le mariage car pour elle, seuls les libertins ont ce genre de pratiques... Donc, ça n'est vraiment pas gagné pour Martial... sarcastic

        Je sais que tu pensais, comme mes autres lectrices, que Martial attendrait avant d'honorer sa femme. A vrai dire, j'avais réfléchi à 3 scenario possible:
        1. Il consomme son mariage et... (je ne peux pas le dire sans spoiler la maj suivante)
        2. Il consomme son mariage et... (idem que ci-dessus, du coup, tu comprendrais par élimination... he)
        3. Il attend que sa femme soit prête
        Mais le dernier était de loin le plus dur car dans mon brouillon, cela se passait de la manière suivante :
        "Elle fut tentée de se résigner au sort de toutes les femmes mariées en lui donnant la réponse convenue mais elle se rebella au dernier instant et saisit la chance qu'il lui donnait de donner son avis :
        - Je préfèrerais que vous vous en absteniez, votre contact m'est odieux.
        Elle vit une espèce d'horreur blessée se peindre sur le visage de son mari et elle se dit qu'elle avait prononcé des mots un peu trop durs mais malheureusement elle ne pouvait plus rattraper ses paroles."

        J'avoue que je me suis longtemps torturée le cerveau avant de choisir mais j'ai trouvé plus réaliste que Martial, fou de bonheur, fasse de Léonie réellement sa femme, tout en essayant de respecter sa personnalité : il aurait respecté le choix de Léonie si celle-ci avait refusé qu'il aille plus loin. Mais bon, tu en sauras plus dans la maj suivante qui sera consacrée au point de vue de Martial sur sa nuit de noces (et à la deuxième nuit avec sa femme... oops)
        J'espère que tu n'es pas trop déçue que j'aie finalement décidément d'écrire le 1er scenario... et j'espère me rattraper par la suite !! yes

        Alors, Léonie attend-elle un mini Martial ? Hahaha... réponse dans la rubrique "Les coulisses" qui sera publiée après les 4 majs à venir ! winktongue

        Encore merci pour ton message ! C'est un tel délice de lire tes avis toujours si pertinents et si justes sur mes personnages... ♥♥♥

      • Vendredi 12 Octobre à 13:34

        Finalement, heureusement que tu n'as pas pris la 3eme option car là, pour le coup, ils seraient partis sur de mauvaises bases. En plus, au vu de ce que lui aurait dit Léonie, cela m'aurait étonné que Martial l'aurait approché avant longtemps ! Et comment continuer ton décade challenge s'ils ne font pas de bébés, hein ! he

        Et j'ose espérer aussi que Léonie et Martial seront des parents aimants, histoire de donner une jolie ligne directive à cette dynastie. Mais là, je mets la charrue avant les boeufs !!!

      • Vendredi 12 Octobre à 16:40

        Hahaha... tu m'étonnes qu'ils seraient partis sur de mauvaises bases ! he Adieu veau, vache, cochon, couvée bébés... Perso, j'ai hâte de voir leurs futurs bébés, et quelle tête ils auront enfants...

        Dans mon esprit, Léonie et Martial ne peuvent être que des parents aimants... et tolérants (enfin, surtout Martial pour l'ouverture d'esprit, car Léonie est un chouia rigide à cause de son éducation ! sarcastic). La charrue avant les boeufs, c'est toujours moins étrange que l'orgasme avant les préliminaires, mais ça faudrait l'expliquer à Léonie qui n'est pas prête de le connaître si elle continue à ne pas faire confiance à son mari...oops

    2
    Princessesey
    Vendredi 12 Octobre à 13:35
    Eh bien comme on aurait pu s'y attendre, la nuit de noce n'a pas été une partie de plaisir pour Léonie...
    J'aime beaucoup ta façon de voir et d'écrire les choses telles que les sentiments complexes de tes personnages mais aussi la vie à la ferme du 19eme siècle (après je ne suis pas une experte et tu pourrais dire n'importe quoi que je n'en saurais rien, mais j'y crois).
    Vivement la suite bien sûr, histoire de voir ce qu'en pense le Mr Lambert !
      • Vendredi 12 Octobre à 16:51

        Et crois-moi, l'écriture de sa nuit de noce n'a pas été non plus une partie de plaisir pour moi... he Combien de fois ai-je reculé ce moment de l'écrire ! 

        Concernant la vie de la ferme au XIXè siècle, j'ai lu quelques bouquins sur ce sujet pour employer les bons termes techniques et ne pas faire trop d'erreurs (même s'il y aura forcément quelques inexactitudes !).... Mais j'apprécie ta confiance et que tu ajoutes foi à mes descriptions ! (tu m'as bien fait rire avec ton commentaire à ce sujet ! wink2)

        Merci beaucoup pour tes compliments ! J'essaie d'éviter à mes personnages (même mes préférés) tout manichéisme (même si ça n'est pas franchement flagrant pour Lesaunier... héhéhé) ! C'est vrai que j'aime beaucoup explorer leurs ressentis et j'espère réussir à faire  passer leurs émotions et leurs doutes !

        Un tout petit petit paragraphe est déjà écrit pour la suite et j'espère la boucler le plus rapidement possible.

        Encore merci  de ton passage ici ! ♥♥♥

    3
    Vendredi 12 Octobre à 17:26

    Qu'est-ce qu'elle a de la chance, Léonie, d'être devenue la femme de Martial - et ce n'est pas que comparaison aux mâles de cette époque à laquelle je pense.
    Evidemment, Martial a consommé son union (hâte de découvrir aussi sa version de l'histoire) et je m'en réjouis d'autant que cette fine mouche de Léonie avait déjà imaginé demander une annulation de leur mariage pour cause d'impuissance :/  Vu le caractère de la jeune demoiselle, qui parvient quand même à glisser plus d'une fois que l'acte fut court- ouf, heureusement qu'il fut court et pourvu que cela ne dure pas plus, je l'imagine bien en tirer sarcasme si d'aventure le jeune homme n'avait point cédé à la tentation.

    Bon, je t'avoue qu'un moment, j'ai pensé que Martial allait se bidonner en voyant cette biche aussi tendue qu'un morceau de bois, attendant d'être sacrifiée sur l'autel des ébats charnels; mais cela n'aurait pas été cohérent avec le brouhaha émotionnel et amoureux de ce beau jeune homme, qui, m'est avis, n'a pas fini de troubler la jolie Léonie.

    Quel beau chapitre tu nous as offert, encore, Pathenia.  Waouh... c'est trop-trop bien.

    Vivement la suite!

      • Vendredi 12 Octobre à 23:10

        Oui, moi aussi, j'aime beaucoup Martial... wink2 Je lui trouve quelque chose de... touchant...

        "cette biche aussi tendue qu'un morceau de bois, attendant d'être sacrifiée sur l'autel des ébats charnels"
        Comme c'est joliment tourné, j'aime beaucoup ! ^^ Oui, le pauvre Martial était presque aussi inexpérimenté que sa jeune épouse mais beaucoup plus enthousiaste pour consommer la nuit de noce. Dommage que Léonie lui ait coupé, sans même le préméditer, l'envie de déployer pleinement ses talents cachés... sarcastic Mais bon qui sait ? ce n'est peut-être que partie remise... winktongue En même temps, si Martial avait accès aux pensées de sa belle, pas sûr qu'il oserait de sitôt renouveler l'expérience !

        J'avoue que ça m'a amusé d'inclure ce "gimmick" sur l'acte écourté (c'est sûrement horrible de ma part car le contexte n'est pas très agréable pour Léonie mais comme je sais ce qu'il va se passer réellement par la suite, je me permets de les malmener quelque peu tous les deux... oops)

        Comme tu l'as deviné, Léonie risque d'être encore troublée par notre gentil Martial... qui va même s'offrir le luxe de la déconcerter (dans le bon sens du terme)... mais bon, ce n'est pas pour tout de suite ! tongue

        Je suis vraiment ravie que ce chapitre t'ait plu car il m'a donné des suées froides... je ne voulais pas trop entrer dans les détails tout en essayant de vous faire ressentir leur confusion...

        Merci merci pour ta fidélité et tes messages enthousiasmants ! ♥♥♥

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