• [GEMD] Chapitre 2 : "Les étoiles brillent dans le ciel comme un tapis de pierres précieuses sur le velours sombre de la nuit."

    D'un air dubitatif, Garance passa en revue le contenu de son armoire, constituée en majorité de tailleurs gris ou noirs, que Stephan lui avait formellement interdit de porter pour la soirée. Totalement dévouée à sa carrière, la jeune fille sortait en effet peu, dédaignant les mondanités, voire les sorties entre amis. En outre, elle se préoccupait fort peu de son apparence, s'habillant de vêtements simples lors de ses rares moments de détente. Elle avait bien acheté cette magnifique robe de soirée violette à l'occasion du mariage d'une amie mais elle répugnait à la porter pour se rendre à ce maudit cocktail. Désespérée et résignée, elle s'apprêtait à déballer finalement ladite robe quand elle se rappela in extremis que la dernière conquête de son colocataire avait oublié après leur rupture une robe qui ferait parfaitement l'affaire. 

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    Soulagée, elle se rendit dans la salle de bain, ferma le robinet de la baignoire avant de se plonger avec délice dans l'eau chaude parfumée au jasmin. Elle posa sa tête sur le rebord de la baignoire, ferma les yeux pour mieux savourer ce moment de détente. Malheureusement, ses pensées la ramenèrent vers Corentin de Neuville que les rumeurs dépeignaient comme un homme à femmes parfaitement indigne de prétendre à un siège de député, rendant le projet de Stéphan inconcevable. Elle savait bien que sa vie privée ne devait pas être confondue avec sa capacité à mener à bien son programme politique mais le jeune aristocrate semblait prendre un malin plaisir à poser pour les photographes avec à son bras une beauté différente à chaque fois. Comment dans ses conditions lui accorder sa confiance ? Etait-il aussi sérieux dans son travail que Stephan le prétendait ? Elle n'ignorait pourtant pas l'importance de fréquenter ce genre de cocktails où se nouaient les alliances et se créaient les réseaux indispensables à toute ascension professionnelle. 

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    Séducteur, hâbleur, charmeur, narcissique, Corentin de Neuville était à coup sûr l'un des hommes politiques les plus atypiques et les plus médiatiques de sa génération, n'ayant pas son pareil pour attirer les médias, que ce soit pour ses photos dignes d'un jet-setteur, ses coups de gueule, ses petites phrases assassines, mais aussi ses idylles aussi nombreuses qu'éphémères. Garance était sur le point de téléphoner à son mentor pour se décommander quand celui-ci frappa à sa porte. De sa chambre, elle lui cria d'entrer, enfila aussi vite que possible sa robe d'emprunt sur sa peau à peine sèche, chercha fébrilement une paire d'escarpins qui ne déparerait pas, et, au bord de la crise de nerfs, renonça à se coiffer ou à se maquiller avec soin pour ne pas faire attendre Stéphan plus avant. 

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    Jetant un dernier regard à sa glace, elle prit son sac, éteignit la lumière.

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    Le taxi s'arrêta devant une impressionnante demeure bâtie en vieille pierre de couleur sombre et à l'architecture gothique dont la silhouette massive, lugubre et inquiétante donnait l'impression d'approcher un asile d'aliénés plutôt qu'une demeure familiale.

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    «Grand Plumbob !, s'exclama Garance, saisie par l'aspect sinistre de la villa, on dirait un manoir tout droit sorti de la Hammer Film Productions ! J'espère que notre fin sera plus heureuse que celle de la Dame en Noir...
    - D'autant qu'ici, il s'agit du manoir de la dame en rouge ! Enfin, tu verras», se borna à expliquer Stéphan suite au haussement de sourcils de sa protégée.

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    «Hé bien, la famille Gothik n'est pas dans le besoin, continua la jeune femme à l'oreille de Stéphan tandis qu'ils gravissaient les marches du perron et qu'elle se sentait écrasée par la splendeur des lieux.
    - Vladimir Gothik est mort il y a quelques mois laissant à sa jeune veuve une immense fortune, ainsi que cet imposant manoir.»

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    On les introduisit dans une grande entrée dallée de marbre. Corentin de Neuville se tenait aux côtés de son hôtesse au pied d'une large arche, qui devait donner accès à la salle de réception. Sa haute silhouette dominait tout le monde, y compris les hommes. En guise d'accueil, il distribuait avec un naturel nonchalant poignées de mains et sourires éblouissants, qui s'élargissaient dès qu'il s'adressait à une femme. Garance, piétinant dans la file d'invités, s'agaçait du succès qu'il recueillait auprès de la gent féminine. Allons donc ! Il suffisait d'une belle gueule alliée à un corps athlétique et bien découplé pour provoquer tout cet engouement ? Certes, il avait fier allure dans son smoking noir agrémenté d'un nœud papillon du même ton, et sa lourde chevalière captait insolemment les lumières des appliques dès qu'il bougeait la main, mais cette enveloppe frivole avait donc plus de poids que les idées ? D'ailleurs, Garance avait hâte d'entendre son discours – sûrement écrit par un assistant – qui révélerait son imposture et son incompétence, permettant à la jeune femme de décliner la proposition de Stéphan de travailler pour lui.

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    Enfin, leur tour d'être présentés arriva.

    «Bonsoir, Sonia, commença Stéphan, permettez-moi de vous présenter Garance Dunoyer, qui devrait bientôt intégrer l'équipe de campagne de notre ami. Garance, voici notre hôtesse, Sonia Gothik.»

    Ladite Sonia était une ensorcelante brune sophistiquée à côté de laquelle toute autre femme devait se sentir gauche et insignifiante. Si madame Gothik se borna à lui décocher un sourire condescendant, l'accueil fut plus chaleureux de la part du politicien.

    «Stephan m'a beaucoup parlé de vous mais il m'avait caché combien vous étiez charmante !
    - Ne vous fatiguez pas pour moi avec vos compliments surfaits et éculés, j'y suis peu sensible, surtout quand ils viennent d'hommes tels que vous ! Laissa fuser Garance, vexée d'être assimilée au troupeau de femelles bêlantes et énamourées qui l'avait précédée.
    - Tels que moi, c'est-à-dire ? Aussi beaux ? Aussi irrésistibles ?
    - Aussi arrogants ? Suggéra Garance sans se laisser impressionner par le ton sarcastique du jeune politicien.
    - J'avoue, je suis tout cela à la fois, reconnut l'aristocrate de bonne grâce.»

    Ce faisant, deux fossettes creusèrent irrésistiblement ses joues , attirant sur elles le regard de la jeune femme, dont les yeux ne purent s'empêcher de descendre plus bas, vers la bouche sensuelle qui s'étirait en un pli légèrement sardonique. D'autres invités attendant derrière eux, Corentin de Neuville ajouta adroitement :

    «Et si vous goûtiez à l'excellent cocktail de Sonia ? Nous ferons plus ample connaissance au cours de la soirée...»

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    Soulagée d'être enfin libérée, Garance suivit Stéphan dans le grand salon où se pressaient parmi les invités les nombreuses relations de son mentor. Tandis que Stéphan discutait avec ses connaissances, Garance, une coupe de cristal à la main, observait l'assemblée. Samuel et Lily Feng, Geoffrey Plènozas, Siobhan Fyres, Bjorn Bjergsen, tous d'importants membres influents de la communauté. Mais son attention était surtout distraite par le couple assorti que formaient Sonia et Corentin. Elle, superbe dans son long fourreau de satin rouge diablesse qui moulait son corps aux formes voluptueuses, ses longs gants de velours noir faisant ressortir le grain parfait de sa peau. Lui, racé, le port de tête altier qu'adoucissaient ses manières nonchalantes et néanmoins irréprochables.

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    Garance ne pouvait s'empêcher d'observer le candidat à la dérobée, impressionnée malgré elle par son charisme et sa prestance. Les photos des magazines ou la lumière des caméras à la télévision ne rendaient pas justice à la beauté ciselée de ses traits ni à l'intensité de son regard. D'ailleurs, toutes les femmes présentes étaient sous son charme et tentaient d'accaparer son attention. Elle essaya de deviner avec laquelle de ses groupies il repartirait ce soir. A moins qu'il ne décide de finir la nuit avec leur hôtesse.

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    Prenant brusquement conscience qu'il n'était pas très poli de dévisager ainsi les gens, Garance s'obligea à détourner le regard et à chercher un autre centre d'intérêt.

    «La dame en rouge aime le rouge, forcément», pensa Garance en avisant la décoration du salon qui se déclinait dans toutes les variations de cette couleur.

    Enfin, une fois que tous les invités eurent été accueillis et servis en boisson, Sonia Gothik se dirigea vers un micro situé au fond du salon et s'adressa avec enthousiasme à l'assemblée :

    «Mes chers amis, il est temps d'écouter notre invité d'honneur, le futur député de San Myshuno, monsieur de Neuville, qui va vous exposer son programme!»

    C'était le moment que Garance attendait avec impatience. Corentin se fraya un chemin vers l'estrade à travers la foule applaudissant à tout rompre.

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    «Mesdames et messieurs, je vous remercie de votre présence si nombreuse en ce lieu et je remercie notre hôtesse d'avoir eu la gentillesse d'organiser cette soirée si importante pour moi et la cause que je défends. Rassurez-vous, je m'en voudrais de gâcher la fête par un discours trop long...»

    Quelques rires vinrent saluer cette boutade.

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    «... aussi je vais tenter de m'en tenir à l'essentiel ! Depuis un moment, les grands partis politiques, laminés par les scandales en tout genre et les trahisons, sont en plein naufrage et ont vu la mise à la retraite de toute une génération de dirigeants, laissant la place, à droite, à certains boute-feux qui tentent de se rapprocher de l'extrême-droite dans l'espoir de gagner quelques misérables voix, et à gauche, à d'autres boute-feux prêts à provoquer l'insurrection au nom de l'insoumission...»

    [GEMD] Chapitre 2 : "Les étoiles brillent dans le ciel comme un tapis de pierres précieuses sur le velours sombre de la nuit."

    La suite se perdit dans un bourdonnement indigeste tant Garance était ulcérée par les propos qu'elle entendait. C'était encore pire que ce qu'elle pensait. Elle se retenait à grand peine de se ruer vers l'estrade pour se saisir du micro et démonter point par point cette argumentation scandaleusement dogmatique. Par acquit de conscience, elle tenta de se concentrer à nouveau sur le discours du candidat. Corentin abordait les questions économiques... libérer le travail et l'esprit d'entreprise... blablabla... redresser les finances publiques... blablabla... supprimer les 35 heures... blablabla... supprimer l'ISF... blablabla... supprimer de 250.000 à 300.000 emplois publics... blablabla... Plus les propositions avançaient et plus Garance sentait monter une juste et dévastatrice colère. Elle fulminait littéralement. Son mentor avait été complètement insensé de seulement croire qu'elle pourrait songer à penser à accepter de travailler pour ce suppôt du grand capital. Encore heureux que Neuville roulait pour le centre-droit, censé se montrer plus humaniste que la droite sinon il n'y aurait eu aucune limite au mépris qu'il affichait pour une partie de ses compatriotes ! Ravalant son indignation, elle continua vaillamment à écouter les poncifs émaillant l'allocution du candidat. Puis, son intérêt fut réveillé quand Corentin de Neuville commença à évoquer un des thèmes qui lui tenaient à cœur.

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     «La question sociale a été le grand débat du XXe siècle, je suis persuadé que la question environnementale sera celui du XXIe. Il faut maintenant choisir entre l'action et l'immobilisme car nos sociétés ne peuvent continuer à ignorer les conséquences écologiques et sociales de leur développement. Je sais que de mauvaises habitudes ont été prises et qu'il sera très difficile de revenir en arrière. Au regard de l'histoire de la vie sur terre, celle de l'humanité commence à peine. Et pourtant, la voici déjà, par la faute de l'homme, menaçante pour la nature et donc elle-même menacée. Nous ne pouvons plus nous permettre d'agir par égoïsme ou par aveuglement car nous vivons désormais à crédit...»

    [GEMD] Chapitre 2 : "Les étoiles brillent dans le ciel comme un tapis de pierres précieuses sur le velours sombre de la nuit."

    L'orateur continua ainsi à développer son argumentaire écologique en un vibrant plaidoyer qui ne manquait pas de sincérité ni d'idées intéressantes, Garance dut en convenir elle-même à sa grande surprise. Elle avait été comme hypnotisée par la faconde éblouissante du personnage qui semblait maîtriser son sujet. Elle se sentit presque coupable de l'avoir autant mésestimé... avant de se reprendre in extremis. Même s'il s'était montré brillant dans la dernière partie de son discours, rien n'effacerait à ses yeux l'odiosité du début. Elle fut brutalement tirée de ses réflexions par le tonnerre d'applaudissements qui salua la fin de l'intervention du jeune politicien. Neuville fut aussitôt entouré par une horde d'admirateurs et Fogel rejoignit sa jeune protégée.

    [GEMD] Chapitre 2 : "Les étoiles brillent dans le ciel comme un tapis de pierres précieuses sur le velours sombre de la nuit."

    «Alors, ma chère Garance, ton verdict?»

    La jeune fille lui lança un regard courroucé.

    «Je ne crois pas que tu veuilles vraiment connaître le fond de ma pensée, il y a certains mots qu'une femme bien élevée évite d'employer...»

    [GEMD] Chapitre 2 : "Les étoiles brillent dans le ciel comme un tapis de pierres précieuses sur le velours sombre de la nuit."

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    L'arrivée inopinée de Corentin, qui avait délaissé sa cour de flagorneurs, la coupa dans son élan.

    «Alors ? Qu'avez-vous pensé de mon discours ?
    - Il était excellent», le rassura Fogel.

    Corentin se tourna vers Garance dont le visage fermé ne présageait pas le même ressenti.

    «Partagez-vous le même avis que notre ami ?
    - Effectivement, votre discours était excellent... pour un homme de la droite pure et dure. J'ai bien peur que nos positions politiques soient idéologiquement irréconciliables !
    - N'avez-vous réellement rien trouvé qui vous donnerait envie de travailler pour moi ?
    - Avez-vous pensé chaque mot que vous avez prononcés ?» éluda la jeune femme qui voulait éviter à tout prix un esclandre. Elle savait qu'elle pouvait s'emporter vite quand on abordait certains sujets chatouilleux.

    Neuville garda le silence quelques secondes, grave soudain.

    «Vous n'attendez pas sérieusement de moi une réponse à votre question quelque peu offensante ?
    - Vous venez de me fournir la réponse et j'ai bien peur que nous ne soyons irrémédiablement incompatibles...»

    Elle se tut un moment puis reprit à contre-cœur, incapable de la moindre malhonnêteté intellectuelle :

    «Par contre, j'ai beaucoup aimé votre passage sur l'écologie, Stephan ne m'avait pas menti là-dessus.»

    A ces paroles, Neuville parut soudain soulagé d'un grand poids et un sourire sincère étira ses lèvres sensuelles.

    «Eh bien merci pour votre franchise ! Je pense que nous ne devrions pas rester sur cette première impression désastreuse. Je vous propose de passer à mon local de campagne demain à 9h00 et nous reviendrons point par point sur mon débat de ce soir ! Peut-être arriverais-je à vous convertir peu ou prou ?»

    Ces mots, prononcés avec la plus exquise des politesses, étaient également un congédiement en bonne et due forme, Garance ne s'y trompa pas. C'est avec soulagement qu'elle se dirigea vers la sortie, pressée d'échapper à l'intensité du regard aigue-marine et la manœuvre diabolique dont elle venait d'être victime. Car, en lui proposant cette rencontre, c'est à elle qu'il ferait porter tout le poids de l'échec de la collaboration souhaitée par Stéphan si elle se désistait. Une chose était sûre : elle ferait tout pour retourner la situation à son avantage, en le poussant dans ses derniers retranchements si nécessaire, mais elle n'abdiquerait jamais ses idées.

     

    CHAPITRE 1 ι CHAPITRE 3

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  • [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

    Le cœur de la jeune fille battait la chamade en arrivant devant la fermette de Martial. Elle était parfois passée devant lors de ses promenades sans y faire attention. Comment aurait-elle pu imaginer un jour en devenir la maîtresse de maison ? Elle redoutait de suivre son mari à l'intérieur, mais la nuit s'était si brutalement rafraîchie que de légers flocons de neige commencèrent à tomber du ciel noir, la faisant frissonner de froid et rechercher la chaleur d'un feu.

    [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

    Elle ne s'attendait pas au choc qui la saisit quand Lambert et elle s'engouffrèrent à l'intérieur. La fermette était constituée d'une seule et unique pièce à vivre, rudimentaire, dont le sol de terre battu était recouvert de paille pour l'isoler du froid, et comble de l'horreur, elle s'ouvrait sur l'étable d'où lui parvenaient les souffles chauds des animaux de la ferme.

    [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

    Un chien fit joyeusement la fête à Martial Lambert et elle apprit qu'il s'appelait Gambetta, comme l'homme politique qui s'était opposé au Second Empire, avait organisé il y a quinze ans la Défense nationale contre l'occupant prussien avant de concourir à l'avènement de la IIIe République. Pas la peine de se demander où allaient les sympathies politiques de son mari ! Elle était d'ailleurs surprise qu'il eût une quelconque conscience politique, et qu'elle différât à ce point de celle de son père.

    [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

    [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

    [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

    Un chat qui crachait avec hostilité dans son dos la sortit de ses pensées. 

    «C'est Gri-gri-gribouille, lui présenta son mari. El-el-elle est un peu jajaja-jalouse...
    - Et les poules ? Vivront-elles aussi avec nous ?» demanda froidement Léonie qui en avait vu une sur le comptoir de la cuisine et une autre sur la grande caisse en bois accolée à l'étable.

    [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

    Le visage de Martial s'était violemment empourpré sous le reproche à peine déguisé. Mortifié, il s'empressa d'emporter les deux poules à l'extérieur après avoir invité Léonie à se mettre à l'aise. Coquette et Nénette étaient ses deux poules les moins sages, toujours à s'échapper du poulailler et à se faufiler dans la maison. Il devrait se montrer plus vigilant à l'avenir s'il ne voulait pas indisposer davantage sa jeune femme.

    [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

    [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

    [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

    [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

    [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

    De son côté, Léonie balayait du regard l'endroit où elle allait devoir passer le reste de sa vie, et le désespoir la gagnait peu à peu. Comment pouvait-on encore vivre dans des conditions aussi rustiques ? Elle tenta d'endiguer comme elle put les sanglots qui menaçaient de la submerger. Elle regarda avec tristesse la dot que son père avait fait livrer durant le banquet de noce : le vaisselier en bois de noyer et le coffre rempli du trousseau qu'elle avait elle-même confectionné. Rêveuse, la vache qu'elle avait baptisée le jour du vêlage et que son père l' avait autorisée à emmener, meugla doucement comme pour lui donner courage.

    Elle se rappela que son mari lui avait proposé de se débarbouiller à la pompe mais la neige, qui avait redoublé, l'en dissuada.  

    [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

    [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

    [DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

     Profitant de l'absence de Martial Lambert, elle se dépêcha de se déshabiller et de natter ses cheveux pour la nuit. Puis, comme elle entendait le jeune paysan actionner la pompe au dehors, elle se rua vers le lit conjugal où elle s'étendit les bras en croix, telle l'agnelle sacrificielle, sous le doux regard bovin de Rêveuse et Doucette.

    Un courant d'air froid lui apprit que Martial venait d'ouvrir la porte et s'approchait...

     

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